La tourbière des Dauges, un écrin pour la biodiversité du limousin

Depuis 1998, la jolie petite commune de Saint-Léger-la-Montagne, forte de 360 âmes, accueille la réserve naturelle nationale de la tourbière des Dauges. Située au nord-est de Limoges, elle a été créée comme un écrin de biodiversité pour plus de 2200 espèces de la faune et de la flore. Dans ces monts du Limousin, les milieux naturels ouverts, délaissés par une agriculture vacillante au sortir de la Seconde Guerre mondiale, se sont progressivement boisés, mettant à mal les effectifs de beaucoup d’espèces patrimoniales. Cette menace a largement concouru à la création de cette réserve naturelle.

Texte : Philippe Durepaire, conservateur, Conservatoire d’espaces naturels Nouvelle-Aquitaine

Deux cents hectares. Telle est la superficie totale de réserve naturelle nationale de la tourbière des Dauges. Elle englobe une quarantaine d’hectares de tourbière (milieu humide) en son fond, tandis que le reste, fait de prairies, landes sèches et forêts en majorité feuillues, constitue le bassin-versant.

forêt de hêtres de la tourbière des Dauges
Exemple de hêtraie présente dans la tourbière des Dauges © CEN Nouvelle-Aquitaine

Au royaume de la tourbe

La tourbe est issue d’une mauvaise dégradation de la matière organique. Généralement, les végétaux sont dégradés par des décomposeurs (bactéries, champignons, organismes unicellulaires) qui les minéralisent. Au sein de la tourbière des Dauges, peu de décomposeurs, car il y a trop d’eau, le milieu est trop acide et il fait trop froid. Ainsi les végétaux morts s’accumulent d’année en année, en conservant leur carbone, pour devenir tourbe. Une matière qui a commencé de s’installer il y a 12 000 ans, formant par endroits des tapis de 3,5 m d’épaisseur.

C’est de sa pauvreté extrême que le site tire toute sa richesse. Une cohorte d’espèces fauniques et florales particulières y trouve le nécessaire pour s’y reproduire : le droséra, une plante qui s’adapte en devenant carnivore; le lézard vivipare capable de survivre au gel; l’engoulevent d’Europe, un oiseau nichant au sol dans la lande à bruyères; la cordulie arctique, une libellule, relique de l’ère glaciaire; le spiranthe d’été, une petite orchidée diaphane…

Hutte de bergère dans la tourbière des Dauges ©CEN Nouvelle-Aquitaine

Gérer la tourbière des Dauges avec les éleveurs

Le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Nouvelle-Aquitaine a été choisi par l’État pour effectuer des travaux de restauration des milieux naturels et des suivis scientifiques, agir à titre de police de la nature et accueillir le public. Grâce à de fructueux partenariats avec l’Union européenne, l’État et le département de la Haute-Vienne, cette réserve naturelle conserve toute sa biodiversité, tout en étant un des sites naturels les plus visités du département.

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