Touché coulé
« Touché-coulé »
est l’intitulé de l’exposition étonnante sur les bateaux jouets proposée au musée de la marine à Rochefort. A découvrir en famille du 15 avril au 31 décembre 2016.

L’exposition met en lumière un siècle d’histoire des bateaux jouets de 1850 à 1950. Témoins des débuts de l’industrialisation, des grandes inventions du XIXe siècle et du progrès technique, les bateaux jouets portent également un regard sur les grandes guerres mondiales qui ont considérablement modifié le cours de l’histoire.

L’occasion également pour cette exposition, de rendre compte de l’évolution de la fabrication, d’abord artisanale puis industrielle, du jouet. Objet de luxe, parfois réalisé en un exemplaire unique ou jouet plus « démocratique » fabriqué à grande échelle. Son processus de création démontre l’intérêt croissant accordé à l’enfant, à ses jeux et à son éducation.

Les jeux et les documents exposés à Rochefort relèvent intégralement de la Marine militaire. Ils livrent une image parfois troublante de la guerre, vécue comme un jeu, hier comme aujourd’hui encore. Objets de propagande, supports de bato-3loisir captivants ouvrant sur l’aventure et messagers incontournables de la culture maritime, ces jouets posent la question de leur vertu éducative, entre technique et patriotisme.

En dépit des liens parfois ténus qu’ils entretiennent avec la réalité de la Marine, ces bateaux-jouets forment un étonnant prolongement des navires produits et entretenus au même moment dans les grands arsenaux français, dont Rochefort fait alors partie.
Entre rêve et pédagogie, cet arsenal de bateaux-jouets ouvre toutes les portes d’un imaginaire inépuisable faisant rejaillir les souvenirs d’enfance enfouis en chacun.

Histoire d'une collection

Touché CouléLongtemps ignoré des musées, le jouet, porté par la dynamique des grandes collections privées, a fini par y trouver une place méritée.

[Depuis sa création], le musée de la Marine [… ] n’a cessé d’enrichir son fonds et, parmi la grande variété de ses collections, il conservait à la fin du XXe· siècle à peu près 2 000 modèles réduits de navires de tous genres et de tous types [… ] mais pas le moindre bateau jouet.

[ … ]La conscience de cette lacune dans nos collections, [… ] permit enfin, en décembre 1995, l’acquisition par le musée de quelques bateaux jouets. [… ] À la suite de ce premier pas, [… ] une petite escadre hétérogène d’une trentaine de bateaux jouets était inscrite à l’inventaire puis prudemment conservée en réserve. [… ]<

En 1999, le musée de la Marine était approché par Jac Remise, l’un des plus grands collectionneurs au monde de jouets anciens, qui souhaitait se dessaisir de son remarquable ensemble de bateaux jouets. [… ] Cette acquisition, complétée par une donation d’une trentaine de pièces, comporte 240 jouets et jeux à thème maritime, dont environ 160 bateaux, principalement des bateaux mécaniques manufacturés réalisés entre la fin du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres en France et en Allemagne, principaux pays producteurs à l’époque.

Faisant suite à cet enrichissement majeur, [… ] une réflexion sur la place accordée à ces objets particuliers au sein des collections du musée est entamée. [… ]

On le devine, [en entrant au musée] le jouet perd la plus grande part de son identité et la fonction ludique qu’il possédait encore chez son dernier propriétaire.

Pour autant y a-t-il une fatalité à ce que le jouet de musée devienne ennuyeux [et] [… ], finalement, des bateaux jouets au musée de la Marine est-ce bien raisonnable ? [… ]Tous ces jouets et jeux ont provoqué [… ] inclinations et vocations chez bon nombre de leurs utilisateurs. Aujourd’hui, ils suscitent une incroyable nostalgie chez ceux qui les ont connus et fascinent ceux qui les découvrent.

C’est aussi pour cela qu’il fallait que le musée de la Marine, qui se veut le musée de toutes les marines, devienne aussi celui de cette fabuleuse marine de l’enfance.

Par Alain Niderlinder, ancien conservateur adjoint, commissaire de l’exposition « Bateaux-jouets, 1 850. 1 950 • (Paris, 2007) – ln « Bateaux-jouets, 1 850·1 950 »

Éditions Musée National de la Marine – éditions du Chêne, Paris, 2007.