Les Marais de Bruges, un îlot de nature aux portes de Bordeaux

Créée en 1983, la réserve naturelle nationale des marais de Bruges est le reliquat du Grand marais de Bordeaux – Bruges qui s’étendait sur plus de un millier d’hectares aux portes de Bordeaux. Aujourd’hui, la faune et la flore y sont représentées par quelque 3 500 espèces.

Aux portes de Bordeaux, la réserve naturelle des Marais de Bruges
Aux portes de Bordeaux, la réserve naturelle des Marais de Bruges ©RN Marais de Bruges

Texte : Stéphane Builles, Conservateur, Réserve naturelle nationale des marais de Bruges

Au confluent de la vallée de la Jalle de Blanquefort et de la Garonne, le marais de Bordeaux–Bruges était décrit au XVIIe siècle comme une vaste étendue d’eau en grande partie recouverte de roseaux et soumise au régime des marées du fleuve. À l’instar d’autres zones qui le bordaient ainsi que l’estuaire de la Gironde, la formation des marais de Bruges résulte d’un dépôt de sédiments sur plusieurs centaines de siècles. D’innombrables crues et marées ont formé un bourrelet alluvionnaire rendant difficile l’écoulement des eaux venant de l’intérieur des terres.

Lutter contre les épidémies

Les premiers grands travaux hydrauliques sont réalisés dès le XVe siècle sous le règne d’Henri VI (1421-1471), roi d’Angleterre et duc de Guyenne, qui donna le marais à la ville de Bordeaux, à charge pour elle de l’assainir, car les marais étaient source de nombreuses maladies.

Mais c’est surtout à partir de l’édit royal de 1599 d’Henri IV, ordonnant l’assèchement des marais pour lutter contre les épidémies et répondre aux besoins de l’agriculture, que le marais va connaître de profondes mutations. Les jurats de Bordeaux cédèrent leurs propriétés à des Hollandais afin qu’ils exécutent les travaux nécessaires.

Élevage des sangsues

Les ouvrages hydrauliques destinés à réguler les eaux vont permettre d’augmenter les surfaces consacrées à l’élevage, principalement de bovins et d’équins, et les roseaux vont faire place à un paysage de prairies bocagères.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, une activité singulière perdura durant quelques décennies avant de péricliter : l’hirudiniculture ou élevage des sangsues à des fins médicinales (Hirudo medicinalis, dans le cas présent).

Urbanisation et mise en réserve

Au milieu du XXe siècle, ce marais qui s’étendait encore sur plus de 3 000 hectares, va être irrémédiablement détruit à plus de 90 % par une urbanisation galopante.

En 1983, après plusieurs années de procédure, la réserve naturelle nationale des marais de Bruges est créée par décret ministériel afin de protéger 265 hectares d’habitats humides sur les 280 qui subsistent du marais.

La réserve des Marais de Bruges protège 265 hectares de nature aux portes de Bordeaux
La réserve des Marais de Bruges protège 265 hectares de nature aux portes de Bordeaux ©RN Marais de Bruges

La gestion du site a été confiée par l’État à la SEPANSO (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest), une association reconnue d’utilité publique qui, en Gironde, gère également les réserves naturelles nationales du Banc d’Arguin et de l’étang de Cousseau. Pour lire la suite…