Agencement contrasté de vieilles pierres, de cubes colorés et d’arbres multi-centenaires, le « lycée Louis Barthou » a très tôt engagé sa mue. De l’ancien collège jésuite au lycée des Trente-Glorieuses en passant par le lycée impérial, il a ôté son froc pour accueillir de nouvelles générations d’élèves et se moderniser en s’adaptant, à chaque étape de son histoire, à la pression démographique et aux évolutions des programmes et de la pédagogie.

Texte : Cécile Devos et Laetitia Maison-Soulard

L’installation d’un collège jésuite à Pau a lieu juste après le rattachement de la province de Béarn au royaume de France, entre 1617 et 1620. La transmission de l’héritage de Henri IV (Béarn et Basse-Navarre) doit se faire dans le sens d’un retour ferme et irrévocable dans le giron catholique et inverser le développement du protestantisme dans cette province dont la ville en était la capitale.

Le Béarn terre de mission

Dans les années qui suivent, Pau devient ainsi une terre de mission. L’église paroissiale Saint-Martin est rendue au culte catholique. L’implantation d’un Parlement à Pau permet le renouvellement des élites politiques. Elle est accompagnée par un important effort collectif visant à l’accueil de multiples communautés religieuses dont certaines étaient issues de la réforme catholique. Religieux, hommes et femmes, œuvrent à l’éducation ou la charité et, depuis Pau, tendent ainsi à convertir ville et périphérie. Une première vague de fondations a lieu après 1620 (Jésuites, Capucins, compagnie de Marie Notre-Dame), une deuxième est lancée après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 (Ursulines, filles de l’Union chrétienne, Cordeliers…). Toutes deux sont mises en œuvre grâce au soutien actif des autorités locales, provinciales et nationales.

Lycée Louis Barthou, vue extérieure

Ancien collège jésuite, bâtiment sud (© Région Nouvelle-Aquitaine, Ville de Pau – Inventaire général, M. Dubau)

Premier collège à Pau

Les Jésuites sont admis en Béarn à partir de 1608, pour des prêches seulement et à des fins de conversion protestante, sous la protection de l’évêque d’Oloron ; ils obtiennent par la suite la permission de créer un collège à Pau1. Il est fondé en 1622 par Louis XIII, qui autorise la construction d’une bâtisse dédiée et une rente annuelle pour soutenir son fonctionnement. Les ancres des tirants métalliques du bâtiment sud portent les dates de 1640 et 1641, correspondant certainement à une première campagne.

Vue d’ensemble de la chapelle Lycée Louis-Barthou

Vue d’ensemble de la chapelle (© Région Nouvelle-Aquitaine, Ville de Pau – Inventaire général, M. Dubau)

Contemporains de l’achat du terrain, les plans sont élaborés dès 1638, en suivant les réflexions d’Ignace Malescot, alors père jésuite à Pau2. Les archives conservent la mémoire de travaux de gros-œuvre depuis le lancement de la construction en 1639 jusqu’au départ des Jésuites en 1763, donnant l’image d’un édifice en perpétuel chantier3. En 1701, l’intendance de la province signale que le collège héberge soixante-deux religieux et six valets, soit la communauté religieuse paloise de loin la plus importante4.

Le plan-type du collège jésuite

Le collège occupe une grande parcelle quadrangulaire située à la périphérie est de la ville ancienne. Il était composé à l’origine de deux cours – pour les élèves au nord et pour les pères jésuites au sud – autour desquelles étaient regroupées les principales activités du collège : chapelle au nord, chambres à l’est, cellier, cuisine, réfectoire, communs et pièces de service au sud, classes à l’ouest. L’aile centrale entre ces deux cours abritait des salles de classe supplémentaires. La partie orientale de l’enclos est consacrée aux jardins. Des murs ferment le collège sur ses quatre côtés. La tour dite aujourd’hui du clocher ou de l’horloge abritait jusqu’au XIXe siècle latrines et cabinets. Au XVIIIe siècle, l’Université s’installe dans le pavillon nord-ouest du collège. Pour la même période, un théâtre est signalé dans la tour sud-est et une salle des thèses, héritière de la salle des déclamations, dans la tour nord-ouest.

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1 Delattre P. (dir.). Les établissements jésuites en France depuis 4 siècles. Enghien,1949, p. 576-582.

2 BnF Estampes et photographies. HD – 4 (8) fol. 1640, 1638-1644.

3 Archives municipales, Pau. GG212, 1636-1664 ; 1684-1700 ; GG259, 1664-1778.

4 Bibliothèque Patrimoniale, Pau. Ms 2. Mémoire de l’état présent des royaumes de Basse Navarre et pais souverain de Béarn, dressé le 31 décembre 1700, par M. Lebret, intendant, p. 189.