Les déjections de cétacés et autres mammifères marins au secours des océans ? L’idée peut faire sourire. Elle n’en est pas moins très sérieusement étudiée et les premières études montrent l’enjeu majeur que présente la sauvegarde de ces grands prédateurs en vue de limiter les effets du changement climatique.

Texte : Jérôme Spitz, Observatoire Pelagis, UMS 3462 – La Rochelle Université / CNRS

Les baleines, les cachalots, les orques et autres dauphins sont parmi les espèces marines les plus charismatiques au monde. Des représentations artistiques de ces géants des mers sont retrouvées dans différentes cultures, érigeant au cours de plusieurs millénaires les cétacés comme une pièce importante de notre patrimoine vivant.

Les déjections des cétacés jouent un rôle essentiel à la fertilisation de l'océan
Les déjections de cachalots et autres grands mammifères marins sont essentielles à la fertilisation du milieu marin.
© Tony Wu / NaturePL

Cétacés : quels rôles dans les écosystèmes marins ?

Outre une vision esthétique et spirituelle de la biodiversité, l’homme tire des bénéfices directs des cétacés depuis des siècles. D’abord en utilisant les animaux rejetés sur les plages avant de les chasser dès que le développement d’outils et d’embarcations a permis de les affronter en mer. Après avoir décimé différentes populations de baleines jusqu’au milieu du XXe siècle, l’exploitation de ces espèces se tourne aujourd’hui vers l’écotourisme. Les activités touristiques liées à l’observation des cétacés dépassent ainsi plusieurs milliards d’euros de bénéfice à travers le monde. Pourtant, l’intérêt pour l’homme de populations de cétacés en bonne santé dépasse probablement largement ces usages. Car les changements climatiques font peser un risque sur le rôle encore mal connu de ces espèces dans le fonctionnement global des écosystèmes marins.

Les déjections des cétacés au secours du climat

Loin des belles rencontres gravées dans notre mémoire ou dans notre imaginaire, une face cachée de ces animaux jouerait en effet un rôle clé dans la mécanique des océans et la régulation du climat : leur production de matières fécales. Alors oui, la vision d’une crotte de baleine prête sûrement à sourire, mais le calcul de la masse annuelle produite par l’ensemble des cétacés dans l’océan mondial peut donner un certain vertige. Cette production, loin d’être perdue, serait cruciale pour le recyclage et le transport des nutriments indispensable à la fertilisation du milieu marin.

Les cétacés, jardiniers de l’océan

Le phytoplancton, producteur primaire à la base de toutes les chaînes alimentaires des océans, est aussi un puits majeur de CO2. La quantité de cette production végétale dépend de la température et des nutriments disponibles, notamment l’azote, le phosphore et le fer. Or certains nutriments essentiels comme le fer sont localement limitants dans certaines régions océaniques. Les apports par les matières fécales des cétacés pourraient contrebalancer ces déficits et stimuler la productivité des océans favorisant ainsi la fixation du carbone atmosphérique par la production de plancton.

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