Au-delà des enjeux géopolitiques concernant le découpage territorial des zones de haute mer, l’océan est aux yeux des océanographes une entité une et indivisible, à l’origine de la vie sur terre. L’interaction entre l’homme et l’océan se révèle pourtant de plus en plus problématique : la montée du niveau de la mer, l’augmentation de l’acidité de l’océan, la perte de la biodiversité, la surpêche et la pollution généralisée, sont autant de symptômes témoignant d’un écosystème océanique mis en danger par les activités humaines.

Texte : Gilles Boeuf, Biologiste, Professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie, Sorbonne Université.

Vue de la Terre depuis l'espace : le climat de la planète bleue dépend de la santé de l'océan.
Vue de l’espace, la Terre comme une planète bleue ©Nasa

Au tout début du très beau film Océans, réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, le fils du premier lui demande : « Dis, c’est quoi l’océan ? » Oui, c’est quoi l’océan ? L’image qui nous vient immédiatement en tête est celle d’une immense étendue d’eau salée baignant les rivages de tous les continents émergés. Or, l’océan est bien plus que cela ! Si sa surface représente 70,8 % du globe terrestre, son volume dépasse quant à lui 1 370 millions de km3, avec une profondeur moyenne de 3 800 mètres. La planète bleue porte ainsi bien son nom…

Un seul et même océan

Pour comprendre le fonctionnement de la Terre et de son climat, il est indispensable de s’intéresser à l’océan. Son rôle a été déterminant dans l’histoire des origines du vivant, dès le tout début de l’aventure biologique terrienne. C’est en son sein que la vie s’est développée. L’océan permet aussi d’étudier l’évolution du climat, et ce du fait des trois propriétés essentielles qui le caractérisent : salinité, stabilité et connectivité. En effet, depuis ses origines et aujourd’hui encore, l’océan est salé. Comparativement aux milieux continentaux, il est stable : depuis au moins des dizaines de millions d’années, les variations de salinité, de température dans les profondeurs et d’acidité ont été faibles. Enfin, il est en totale connectivité et unique, c’est-à-dire que la science océanique ne considère qu’un seul océan, les frontières délimitant « les océans » étant de purs artifices humains.

L’océan comme source de vies

Aujourd’hui, malgré son immensité et son apparente invulnérabilité, l’océan est détérioré par les activités humaines. Par ailleurs, en raison des fortes contraintes techniques qui pèsent sur l’exploration des profondeurs (capsules, sous-marins, bathyscaphes, robots…), il est encore assez mal connu. Le premier humain à être descendu à plus de 900 mètres fut William Beebe grâce à sa bathysphère en 1934. Au fil des plongées, il est apparu que si dans les fonds marins les plus reculés un monde froid et sans lumière nous attendait, d’autres sites étaient de véritables oasis de vie, comme les sources hydrothermales découvertes en 1977. L’océan, c’est donc aussi sous la surface des couleurs, des sons, des chimies subtiles et des formes de vie incroyables !

L'océan est une source de vie aux formes incroyables

L’océan est un réservoir de richesse biologique largement inconnu car encore peu exploré. ©Sergemi

OCÉAN ET ATMOSPHÈRE

Au bord d’un rivage, un jour de calme plat, observons un bout d’océan, cherchons à l’horizon cette subtile limite entre la mer et l’air, et songeons aux échanges incessants entre ces deux fluides. De nombreuses différences physiques existent entre eux : densité, viscosité, température, salinité, oxygène dissous, acidité, pression hydrostatique… et pourtant, l’océan et l’atmosphère sont étroitement connectés ! Ils échangent effectivement de l’énergie sous forme de chaleur et d’humidité : dans le sens descendant, l’océan absorbe la chaleur contenue dans l’atmosphère et stocke cette énergie beaucoup plus efficacement que les surfaces de glace ou les continents. Il la relargue ensuite plus lentement vers l’atmosphère, contribuant ainsi au climat tempéré des zones côtières. Grâce à ce phénomène de stockage et de relargage, l’océan est un formidable modérateur du climat.

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