Le Festival International du Film de La Rochelle entame sa 43e édition. Du 26 juin au 5 juillet, les amoureux du 7e art sont invités à s’évader dans les salles obscures du centre-ville, au gré d’une programmation riche et multiforme, vitrine sur les films du monde et sur le cinéma de patrimoine. Rétrospectives, hommages, découvertes, rencontres, ciné-concerts viennent rythmer ces dix jours de pur dépaysement.

 

Comment le Festival International du Film de La Rochelle  a-t-il vu le jour ?

Initialement le festival était une composante des Rencontres Internationales d’art contemporain (RIAC) de Royan. C’était un événement pluridisciplinaire (musique contemporaine, danse contemporaine). Le cinéma est arrivé seulement après, de façon marginale. En 1973, les RIAC s’implantent à La Rochelle. Les projections des films avaient lieu au Dragon et à la Maison de la Culture, ce qu’était anciennement La Coursive.

Le Festival International du Film de La Rochelle  est donc né  suite à la disparition des RIAC en 1984.

A la 30e édition, en 2002, Prune Engler et Sylvie Pras, toutes deux membres de l’équipe fondatrice du festival, en ont repris la direction avec l’envie de donner un nouveau souffle à l’événement et de sortir de l’entre soi.

Comment s’organise la sélection des films ?

Tout au long de l’année, nous participons à des festivals, en Europe ou ailleurs, ce qui est la meilleure manière de découvrir les cinématographies étrangères et de repérer le cinéma émergent… ou résurgent. Cette année nous avons choisi de mettre en lumière la Géorgie, une cinématographie un peu oubliée mais où sont apparus des auteurs vraiment intéressants. Pas moins de dix films de ce petit pays du Caucase seront ainsi présentés.

Sur quels critères choisissez-vous les films ?

Nous avons une exigence artistique. Nous souhaitons refléter le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est, dans sa globalité, avec ses difficultés et sa dureté parfois. D’où des films qui présentent une dimension sociologique et politique. Des œuvres non formatées, qui possèdent une certaine audace.

Il émane de ce festival une certaine générosité…

C’est vrai… L’équipe est attentive aux attentes du public. C’est un festival généraliste, ce qui implique que nous soyons ouverts. Nous recherchons un équilibre historique, géographique, esthétique, le tout sans thématique. Ce qui fait que nous pouvons tout nous permettre ! Nous souhaitons diffuser un cinéma qui ne se voit pas ailleurs, qui témoigne d’une diversité et d’une curiosité que nous sommes désireux de véhiculer. Cette générosité tient aussi du fait qu’il n’y ait pas de compétition donc pas de rivalité entre les cinéastes, ni d’enjeu si ce n’est celui de rencontrer le public. Il y a un véritable travail de veille et d’accompagnement.

C’est à dire ? 

Nous sommes attentifs à toujours garder un lien avec les cinéastes en suivant leur carrière sur la durée. Certains membres de l’équipe du festival sont impliqués dans différentes commissions d’aides sélectives, ce qui nous permet d’être informé des créations en devenir.

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Comment voyez-vous les particularités du festival ?

Il n’est pas compétitif. C’est un atout important. Cela imprègne toute la manifestation.

Une autre particularité réside dans l’identité visuelle du festival. L’affiche est réalisée depuis 1991 par Stanislas Bouvier. Stanislas Bouvier est un artiste très cinéphile. Il a cette appréhension immédiate des enjeux. Il arrive à synthétiser la programmation d’une édition dans une affiche. Un mois de travail lui est nécessaire pour réaliser l’affiche à la peinture. Il regarde les films, cherche dans la programmation l’idée générale qui en ressort et que Prune Engler décortique avec lui. C’est une belle collaboration.

Parmi les développements, nous accordons une place de plus en plus grande à la musique, en faisant le lien systématiquement avec le cinéma. Chaque année le festival rend hommage à un compositeur de musique de films. Par ailleurs, tous les jours, un film muet est projeté dans son format d’origine, souvent en 35mm, avec un accompagnement au piano. Depuis plus de 10 ans, nous travaillons avec Jacques Cambra. Nous avons une frange de notre public qui vient essentiellement pour les ciné-concerts.

Quels changements majeurs ont été apportés au fil des années ?

Dès ses débuts, le festival s’est intéressé à l’histoire du cinéma, nous avons donc souhaité conserver cette identité. A partir de 2002, de nouvelles sections ont été créées : la section « Découvertes », qui met en avant une cinématographie méconnue, peu ou pas diffusé en France. La section « D’hier à aujourd’hui » qui proposent des films rares, restaurés ou réédités. Une section est désormais consacrée au cinéma pour enfants. Nous avons aussi développé la section « Ici et ailleurs », tournée sur l’actualité, proposant des longs métrages issus du monde entier et inédits en France.

Il y a donc eu une volonté de se tourner vers d’autres publics ?

L’équipe du festival souhaite l’implanter dans la ville en menant des actions à l’année, notamment vers les scolaires, les étudiants, dans les quartiers et en direction de tous les publics empêchés qui ne peuvent se rendre au festival. Par exemple des projections sont organisées à la Maison Centrale de Saint-Martin de Ré en présence des cinéastes. C’est un moment très riche, à la fois pour les détenus et pour les cinéastes.

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Sur toutes ces années, quelle évolution technique observez-vous ?

L’arrivée du numérique a considérablement bouleversé l’organisation technique du festival. L’équipement des salles fonctionne désormais sur une double technologie puisque beaucoup de nos films sont encore projetés en 35mm.

Il y a une certaine forme de nostalgie qui s’est installée, avant on ressentait physiquement le début du festival, lorsque le camion arrivait et déposait les 250 copies de films pesant 20 à 30kg chacune. C’est comme écouter un vinyle et une musique diffusée sur ordinateur, on a perdu une sorte de respiration, il y a un côté lisse, propre. Puis, je vois cela de l’extérieur, mais je constate que le métier de projectionniste n’est plus tout à fait le même, il n’y a plus la même maitrise de l’outil. Aujourd’hui pour résoudre un problème technique, il faut parfois appeler la hotline !

Des souvenirs des moments marquants ?

2003 a été une année difficile et mouvementée. Il y avait la grève des intermittents, une journée de projection avait du être annulée. Il y a eu durant cette édition beaucoup de moments de paroles et d’échanges, c’était très riche, avec un sentiment de tristesse car beaucoup de problématiques étaient soulevées.

Un autre grand moment, en 2009, un ciné-concert géant avec le Sacre du Tympan et Matthieu Chedid autour des « Vacances de Monsieur Hulot », il y avait 7000 personnes sur le port. C’était incroyable !

 

Propos recueillis par Annabel Miton