À Saintes, Courbet intime

L’année 2019 marque la célébration du bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet. La Ville de Saintes, où le peintre séjourna un an, ne pouvait manquer de s’associer à cet événement. Coproduite avec l’Institut Gustave Courbet d’Ornans, une exposition au musée de l’Échevinage de Saintes permet au public de de découvrir un Courbet intime jusqu’au 31 octobre.

Texte : Séverine Bompays, directrice des musées de Saintes

Né le 10 juin 1819 à Ornans, dans le Doubs, Courbet suit des cours de dessin à Besançon avant de gagner Paris, en 1839, où il étudie dans des ateliers prônant la liberté des jeunes artistes. Son ambition est grande et c’est un travailleur acharné. À partir de 1848, il s’installe au 32 de la rue Hautefeuille, à Paris, et possède également un atelier à Ornans, où il retourne fréquemment.

Etienne Bocourt (1821- ?) - Portrait de Gustave Courbet. © Institut Gustave Courbet - Ornans
Etienne Bocourt (1821- ?) – Portrait de Gustave Courbet. © Institut Gustave Courbet – Ornans

Maître du réalisme

Pour que ses œuvres puissent être vues – et même s’il ne s’inscrit pas d’emblée dans un parcours artistique officiel – Courbet les présente au Salon. À l’époque, cette institution est le seul moyen pour un artiste de faire connaître son travail et d’obtenir des commandes publiques.

En 1849, il propose l’œuvre L’Après-dînée à Ornans, achetée par l’État et déposée au musée de Lille. Courbet devient alors visible. Pourtant, sur les 25 tableaux présentés au Salon de 1841 à 1847, seulement 3 seront acceptés. En 1850, ce sera Un enterrement à Ornans, qui fera grand bruit par son sujet – la représentation réaliste de cette scène d’enterrement d’un paysan – et son format (3,15 m x 6,68 m).

Représenter la nature

Rompant radicalement avec la notion de l’idéal antique propre au classicisme, il affirme une réalité objective et traite de thèmes ordinaires, peu exprimés en peinture jusque-là : le travail, les conflits sociaux, les paysans, les ouvriers de la ville… menant à une réflexion et à une critique des conditions sociales de la seconde moitié du XIXe siècle.

Cependant, la production de Courbet est double. S’il réalise des œuvres servant son ambition d’entrer dans l’histoire en créant parfois un scandale, il produit aussi des œuvres plus intimes, plus « commerciales », constituées en grande partie de paysages.

Vue de Saintes depuis Lormont - Gustave Gourbet.
Gustave Courbet – Vue de Saintes prise de Lormont – 1862 32 x 46 – huile sur bois. © Talabardon & Gautier, Paris / Guillaume Benoit

À partir des années 1850, l’artiste abandonne les scènes de genre et multiplie les représentations de la nature. Pour lui, le paysage n’est pas un décor, mais un sujet à part entière qui recèle sa propre beauté.

Courbet à Saintes

Le 30 mai 1862, c’est en compagnie du critique d’art et journaliste saintais Jules-Antoine Castagnary (1830-1888) que Gustave Courbet découvre la Saintonge. Lors de ce séjour, il réside en partie chez Étienne Baudry (1830-1908), ami d’enfance de Castagnary, propriétaire viticulteur du château de Rochemont, une belle demeure située à 2 km de Saintes.

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