Aquitaine années 1960, à la conquête des étoiles

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong posait le pied sur la Lune. Ce « petit pas pour l’homme » était l’aboutissement de la formidable mobilisation de tout un pays pendant près d’une décennie. Mais ni les Américains ni les Soviétiques n’étaient les seuls à lever les yeux vers les étoiles. En Aquitaine aussi des hommes, des entreprises et des territoires prirent part à cette grande aventure de la conquête spatiale.

Texte : Christophe Rambert, documentaliste, Service du patrimoine et de l’Inventaire (site de Bordeaux)

En 1959, le général de Gaulle décide de doter la France d’une force nucléaire de dissuasion, notamment constituée de missiles capables d’emporter une bombe atomique. La Poudrerie nationale de Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, est alors choisie pour produire le combustible nécessaire à la propulsion des missiles.

Programme Europa et Ariane

Un ensemble d’établissements industriels et étatiques s’implante en quelques années dans l’ouest bordelais et participe activement aux études, aux essais et à la réalisation effective des missiles, ainsi qu’au programme Diamant qui, en 1965, place en orbite le premier satellite français Astérix, ouvrant ainsi la voie de la conquête spatiale par l’Europe.

Giratoire fusée Diamant
Giratoire avec une maquette de la fusée Diamant au cœur des lotissements de Villepreux à Saint-Aubin-de-Médoc. © PA/CC

Les compétences acquises et la construction d’installations particulières permettent également une participation active à la mise en œuvre de programmes civils : Europa, puis Ariane. Pour porter cette ambition, la Société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques (SEREB) est créée en septembre 1959. Elle emploie alors une cinquantaine des meilleurs spécialistes de l’aéronautique.

Objectif : la conquête spatiale

Lors de sa création, la SEREB se voit fixer une double mission : mettre d’abord au point un missile à rayon d’action intermédiaire, puis disposer d’un engin civil économique, porteur de satellite. En janvier 1960, le projet d’un véritable complexe industriel est présenté à cet effet. Il prévoit une usine de préparation des poudres et combustibles, un centre d’essais au sol des propulseurs et des engins, et un centre d’achèvement de ces propulseurs et engins. Ces trois ensembles sont construits sur la commune de Saint-Médard-en-Jalles.

L’usine de préparation des poudres trouve naturellement sa place à la Poudrerie nationale, qui avait contribué au montage des missiles américains Hawk dans les années 1950. Ses antécédents et son expérience font d’elle le premier choix pour devenir l’unité pilote en matière de recherche et de production du propergol solide des propulseurs. Très rapidement, elle coulera les blocs de poudre de très gros engins qui équiperont les véhicules utilisés en vue de la réalisation des missiles balistiques.

Tester les propulseurs

Le Centre d’essais au sol des propulseurs (CEP) est érigé sur le site du Moulin Bonneau, à Saint-Médard, à l’emplacement d’un ancien dépôt de munitions. En quelques mois, sortent de terre un premier banc d’essais des propulseurs et deux bâtiments pour l’intégration des engins et la préparation des outillages. Ce centre devient opérationnel en avril 1962 et va permettre de tester au sol le bon fonctionnement des divers propulseurs destinés aux lanceurs.

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