Hennessy, un patrimoine en cœur de Cognac

Du choix originel du fondateur, Richard Hennessy, aux projets pour le futur, le site de Hennessy à Cognac s’est modelé au fil du temps, passant de l’occupation du patrimoine existant à la création architecturale originale pour abriter une remarquable concentration des métiers et des savoir-faire du cognac.

Texte : Fabienne Moreau, responsable Patrimoine et Action Culturelle chez Hennessy

Dans la suite du commerce du sel, le négoce des eaux-de-vie va structurer l’environnement urbain cognaçais. C’est surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle, avec la distillation et le vieillissement des eaux-de-vie par les négociants, que Cognac connaîtra de profondes transformations. L’exemple de la maison Hennessy illustre l’ensemble des grandes étapes partagées par les maisons de cognac. Pour autant, la croissance et la longévité exceptionnelles de la Maison font ressortir des éléments remarquables révélant ainsi les principales caractéristiques de la richesse du patrimoine industriel de la ville et de ses environs.

Fonder sans construire

L’histoire commence en décembre 1765, lorsque Richard Hennessy choisit de s’installer à l’intersection des rues de la Richonne et des Cordeliers. Il s’agit alors d’un petit bâtiment « consistant en un couloir ou corridor de la rue à la cour de la maison, une cuisine et une cave voutée par-dessous » comme l’indique le bail. C’est à partir de ce premier emplacement que vont surgir les autres édifices dédiés aux activités de la maison de négoce.

Au cœur de Cognac, le site industriel de la maison Hennessy. ©Julia Hasse

À cette époque, la ville est encore ceinte de fortifications et organisée autour de la Charente, laquelle est bordée d’un grand nombre d’habitations et de dépendances commerciales. Les négociants investissent tous les espaces proches des quais. Ils logent leurs barriques dans les entrepôts et lorsque que ceux-ci sont pleins, ils se lancent dans la construction d’étages sans vraiment se soucier de cohérence architecturale.

Après une période de location, Richard Hennessy, puis son fils James vont multiplier les acquisitions immobilières dans le quartier. La première opération consista en l’achat d’une partie de l’ancien couvent des Cordeliers, lorsqu’il fut vendu a lieu comme bien national pendant la Révolution. Édifié en 1660, le couvent comptait trois étages et se situait à flanc de pente dont il épousait la déclivité. Délaissé au cours du XVIIIe siècle, il est vendu Cette acquisition fut essentielle pour l’entreprise, comme en témoigne James Hennessy dans sa correspondance : « Nous allons loger des eaux-de-vie sous la voûte des Cordeliers, nous avons rempli le cloître et venons de terminer les abat-jours du chai souterrain. Je pousse tout cela de mon mieux, mais c’est furieusement long. » De 1795 à 1806, la totalité de l’ancien couvent ainsi que les parcelles contiguës sont acquises pour former un seul ensemble.

En quête de nouveaux espaces…

Durant la première moitié du XIXe siècle, Hennessy, désormais premier exportateur de cognac dans le monde, s’enracine encore plus visiblement dans Cognac.

Vue des établissements Hennessy à Cognac dans les années 1920.

Vue des établissements Hennessy à Cognac dans les années 1920 depuis la rive droite. Crédit : Collection Historique Hennessy

Les lieux sont restructurés, la parcelle est transformée en un plan d’aspect rectangulaire plus homogène. À l’angle des rues de la Richonne et des Cordeliers, du port Papin et des quais, l’îlot devient une entité fermée, regroupant le comptoir des eaux-de-vie et les magasins. Un atelier de mise en bouteilles est créé dans l’ancien jardin des Cordeliers et le site est adapté pour accueillir toutes les activités qui font désormais partie intégrante du commerce du cognac en bouteilles.

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