La chasse aux gazelles

Oeuvre de Eugène FROMENTIN (1820-1876), 1857, huile sur bois, 30 x 68 cm

Texte : Louise Guillon (1L1), inscrite en spécialité histoire des arts, Lycée Jean Dautet La Rochelle.

Mystère à la Rochelle ! L’académie crie au scandale ! Cherchez l’erreur ? Une scène de chasse se déroulant tranquillement sur une vaste plaine. Des cavaliers algériens accompagnés de leurs chiens. Tout paraît normal et ordonné… mais où est donc passé le sujet. Fromentin aurait-il oublié comment dessiner une gazelle ? Voilà une énigme bien troublante…

Fromentin_chasse aux gazelles

Et pourtant, il y a bien une raison à ce paradoxe artistique. Tout d’abord, il faut savoir que cette toile n’est pas la seule touchée par l’absence de l’animal. En effet, c’est une variante d’une autre œuvre de Fromentin intitulée La chasse aux gazelles dans le Hodna, exposée actuellement à Nantes et sur laquelle ne figure aucune de ces fameuses gazelles. Ces deux tableaux sont de précieux témoignages sur la vie orientale au XIXe siècle mais aussi sur celle de notre artiste local puisque ce dernier voyagea en Algérie en 1846. Lors de ce périple, Fromentin fit de multiples croquis des paysages et habitants de l’Afrique du nord. Par la suite, il créa plusieurs œuvres dont La chasse aux gazelles, qui elle aussi, voyagea entre les mains des différents propriétaires avant d’être donnée à la commune de la Rochelle par Admyrauld Gabriel de la Société des Amis des Arts de La Rochelle, en 1877.

C’est une toile équilibrée où chaque personnage se trouve à sa juste place. Au devant de la scène, on observe un cavalier sur sa monture blanche en compagnie de deux serviteurs noirs tenant trois chiens. Sur la gauche, se dressent quatre cavaliers immobiles suivis eux aussi par un serviteur noir. Enfin sur la droite, on note la présence de deux cavaliers chevauchant à toute vitesse vers l’horizon. L’arrière de la toile est occupé par cinq groupes de cavaliers surplombés d’un paysage montagneux et un ciel nuageux.

Les couleurs adoptées sont assez neutres malgré la présence d’une touche de jaune et rouge au premier plan du tableau. A travers cette composition, on constate que tous les personnages ont le regard porté vers l’horizon. Sont-ils donc eux aussi à la recherche des gazelles, ou bien les aperçoivent-ils au fin fond de cette plaine. Cette ambiguïté provoque chez le spectateur un sentiment d’incertitude fort désagréable pour certains, ou pour d’autres au contraire une certaine émotion et fascination face à ce mystère.

Grâce à son œuvre le peintre expose sa vision de la vie africaine maghrébine, ce qui est à son époque une formidable contribution ethnologique. Fromentin appartient certes au courant orientaliste, mais par son œuvre il souhaite représenter la vie quotidienne des algériens, et non se contenter de l’imager ou de l’enjoliver. Il se focalise ici sur l’acte de chasser et non sur l’objet de la chasse qui est en l’occurrence la gazelle.

L’énigme qui réside dans ce tableau est sans doute la clé qui permet d’obtenir un regard nouveau sur cette chasse aux gazelles et sur l’œuvre de Fromentin dans sa généralité.