Bacchus et Ariane

Œuvre de Léon RIESENER (1808-1878),  huile sur toile, 157x157cm

Texte : Ferdinand Le Marchand (1ES3), inscrit en histoire des arts option facultative, Lycée Jean Dautet La Rochelle.

 

Depuis l’antiquité, les peintures mythologiques sont légions. Elles ont également connu un grand succès durant la période néo-classique (fin XVIIIe début XIXe). Mais celle-ci se démarque par son statut académique et par le fait qu’elle représente une scène assez peu évoquée dans la peinture en général.

L’œuvre en question met en scène Ariane, fille du roi Crète Minos (fils de Zeus) et de Pasiphaé (fille d’Hélios), qui après avoir aidé son amant Thesée à vaincre le Minotaure et à fuir le labyrinthe, se fait abandonner par ce dernier sur le rivage de l’ile de Naxos (on peut d’ailleurs voir le navire de Thésée en train de s’éloigner, en haut à gauche de la toile). Elle est découverte par le dieu du Vin Bacchus (ou Dionysos pour les grecs) qui la recueille et fait d’elle son épouse.

Bacchus et Ariane - Riesener

Léon RIESENER (1808-1878), Bacchus et Ariane, 1875, huile sur toile, 157x157cm

 

  1. Structure du tableau

Le tableau est structuré en trois plans : on aperçoit au premier plan Bacchus, Ariane et la falaise sur laquelle ils se trouvent ; puis au second plan on peut observer la mer, la plage et les satyres et autres créatures qui accompagnent le Dieu du vin ; enfin on perçoit les montagnes, le ciel et le navire de Thésée au troisième plan. Les personnages principaux sont situés au centre du tableau et surélevés par rapport aux autres personnages, cela forme une composition triangulaire (très en vogue à l’époque et toujours aujourd’hui) afin de les mettre en valeur. On peut aussi remarquer le fait que certains éléments de l’œuvre sont tronqués tel le sceptre de Bacchus en bas à droite ou encore ses pieds et son cortège. L’impression de perspective est donnée par l’éloignement progressif du bateau jusqu’au point de fuite situé en haut à gauche, par la mer se prolongeant jusqu’à l’horizon et par les lignes que l’on peut tracer grâce à la montagne.

 

  1. Couleurs

Cette peinture figurative possède une majorité de teinte de couleurs froides, foncées et ternes avec une dominance sur le bleu, le gris, le noir et le marron mais qui permettent de respecter le principe de ton local de l’œuvre. L’ensemble du tableau est assez sombre et austère, excepté les deux personnages centraux, et particulièrement la partie dénudée du corps d’Ariane, qui sont éclairés par une lumière en hors champ venant du point de vue frontal de l’observateur du tableau afin de les démarquer du fond de la toile.

Cet environnement sombre peut représenter l’état d’esprit de Ariane, désespérée après son abandon mais qui retrouve l’espoir par sa rencontre avec Bacchus, d’où la présence d’une plus grande luminosité.

III. Personnages

On observe une part de nudité dans ce tableau mais celle-ci est contextualisée par le fait que ce soit une peinture mythologique : en effet il n’y a aucune raison qu’Ariane soit partiellement dénudée mais le caractère académique de cette peinture incite l’auteur à introduire de la nudité dans son œuvre ; à l’époque, si on décidait de peindre une femme nue mais qu’on ne lui attribuait aucune caractéristique mythologique pour la contextualiser, cela pouvait paraître indécent. Fidèle à ses attributs, Bacchus est vêtu d’une tunique en peau de léopard, animal souvent associé à ce dernier, et d’une couronne de vigne car tel est l’un de ses symboles. Il soutient Ariane par un de ses bras, et se tient au-dessus d’elle, par bienveillance.

Les deux êtres se dévisagent et semblent être prêts à s’enlacer ou s’embrasser ; Bacchus a la main posée sur celle d’Ariane et cette dernière lève un de ses bras, comme pour le passer autour de son cou (ou bien en signe de détresse…). On remarque un réel souci de détail et de précision sur le corps de ces deux personnes, comparé au paysage situé derrière. Les satyres et les ménades quant à eux, situés sur la berge, dansent et jouent de la musique en attendant que leur maître revienne auprès d’eux.

 

Cette œuvre peut nous rappeler une peinture du même nom, bien plus célèbre, réalisée par Titien en 1523.

Titien