Bouton-Achat-Numéro
Bouton-Abonner

Le patrimoine, toujours à défendre

Le 31 mai, à l’occasion du lancement officiel du « loto du patrimoine » au Palais de l’Élysée, le président de la république a prononcé un discours marquant sur le thème du patrimoine. Un discours salué à juste titre par nombre d’acteurs de ce secteur essentiel à la préservation de notre héritage commun.

Un discours construit avec mots choisis comme souvent. Ainsi, du patrimoine comme « palimpseste », du nom de ces anciens parchemins où les textes étaient grattés pour être réutilisés par les moines copistes, qui pourrait réconcilier l’ancien et le nouveau. Délivrant ainsi une vision où l’un n’exclut pas l’autre, le « beau » devant être le lien entre les deux.

Avec également des mots forts sur le patrimoine « qui réconcilie » et qui serait « au cœur de notre identité ». De fait, il n’est besoin que de voir le succès constant des Journées du Patrimoine et la fréquentation exceptionnelle que cette manifestation génère un peu partout en France pour vérifier ce simple fait : les français aiment leur patrimoine.

S’il est bon que de fortes choses soient affirmées au plus haut niveau de l’état sur un thème aussi essentiel, cette défense du patrimoine ne peut faire oublier les menaces qui pèsent sur lui. Non seulement pour cause de sous-financement chronique, ceci malgré les efforts publics et privés. Le Loto du patrimoine porté par Stéphane Bern peut ainsi sembler une goutte d’eau dans un océan de besoins. Pourtant la goutte d’eau a désormais le mérite d’exister et il serait vain de s’en plaindre !

Mais aujourd’hui, le patrimoine est également menacé par une certaine vision « moderne » de notre cadre législatif. L’examen de la loi ELAN1 en a fourni récemment un bon exemple. C’est peu dire que certaines dispositions de ce projet de loi inquiètent les Architectes des Bâtiments de France (ABF) et les associations de défense du patrimoine. Notamment la mise en place d’un simple avis consultatif de l’ABF pour l’habitat « indigne » dans les secteurs protégés et pour les projets d’installation d’antennes relais. Mais aussi la suppression du pouvoir d’initiative de l’ABF de délimiter un périmètre de protection qui ne donnerait un avis simple. Des dispositions qui diminueraient fortement le poids des décisions des ABF, tous fonctionnaires de l’état faut-il le rappeler, qui ne pourraient plus s’opposer à certains projets d’aménagement dans les sites protégés, même s’ils sont dommageables pour le patrimoine. Quinze associations de défense du patrimoine ont d’ores et déjà signé un texte commun afin de protester contre ces dispositions. En espérant que le législateur se souvienne que le cadre législatif élaboré progressivement depuis le début du XXe siècle pour préserver le patrimoine… fait lui aussi d’un patrimoine à sauvegarder !

Philippe Arramy

Directeur de la publication

1 Projet de loi Évolution du Logement et Aménagement Numérique