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Edito Arcades #17 :

Quand l’art s’installe en ville

Sur l’esplanade de la médiathèque Michel-Crépeau de La Rochelle, Kaléidoscope/Doubled vieillit mal. Ce pavillon kiosque conçu par l’artiste new-yorkais Dan Graham — un double cylindre de verre courbé et de métal — a été inauguré en octobre 2010. Depuis des craquelures sont apparues (vandalisme ? malfaçons ?). Et les services municipaux effacent régulièrement les graffitis sauvagement tracés sur ces parois voulues comme un miroir où la ville et les passants peuvent se refléter. Aux alentours, pas l’ombre d’un panneau pour « expliquer » le sens de cette œuvre très conceptuelle. D’où sans doute le fait que, pour nombre de Rochelais, il doit d’agir là d’un abribus futuriste ou d’une sanisette du troisième type…

Quand l’art s’installe en ville, quelles perceptions en a donc le public, les citoyens ? Assurément le plus souvent contrastées. Pour ne pas dire contradictoires. En particulier dans les centres anciens, chargés d’histoire, où la moindre innovation artistique est (très) fréquemment perçue comme une atteinte intolérable au patrimoine, voire au bon goût.

Au-delà de ces débats nécessaires et utiles suscités par l’installation d’œuvres d’art dans la ville, il serait vain d’ignorer la nécessaire adhésion du public, si possible en amont du projet. Après tout, cette démarche ne lui est-elle aussi (et surtout ?) destinée ? C’est tout le sens de l’action Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France, notamment mise en place à Bordeaux (voir les pages 28-31) ou de la proposition d’ateliers citoyens, en référence aux droits culturels inclus dans la loi NOTRe, portée par Frédéric Lemaigre (voir les pages 22-23).

De telles approches soulignent combien il importe désormais non pas de « faire pour », mais bien de « faire avec » le public. Certes, il faudra toujours que ces projets soient portés par une volonté politique forte, par une vision d’élus conscients des enjeux représentée par la question de l’art contemporain dans l’espace public. L’action au long cours menée par la ville de Poitiers (voir les pages 24-27) en fournit une bonne illustration.

Heureusement, rien n’est figé et les villes évoluent, parfois avec audace. Et à cet égard, les exemples ne manquent pas d’œuvres décriées à leur inauguration et qui, au fil du temps, ont su trouver leur place dans le paysage urbain. Au point que nul ne songerait maintenant à les en retirer.

Ces œuvres d’aujourd’hui constituent — aussi — le patrimoine de demain. À condition de les expliquer… et de les entretenir.

 

Philippe Arramy

Directeur de la rédaction